Thérèse d'Avila

Publié le par Le théologien

Certains pourront s'étonner de trouver, ici, un article sur THERESE D'AVILA. Dans le cadre d'une investigation sur la théologie pratique et la piété moderne, Thérèse d'Avila nous parrait être un personnage incontournable pour bien comprendre la vision piétiste classique tant dans le catholicisme, que dans le protestantisme.

Introduction : Présentation du personnage.

I Rapport à Dieu.

II Rapport à l'homme.

III Rapport au monde.

 Introduction : Présentation du personnage.

Cette introduction, qui nous permet de situer historiquement, géographiquement et religieusement le personnage de Thérèse est nécéssaire avant d'entrer dans les détails qui nous donnerons de comprendre la spiritualité carmelite. Nous n'oublions cependant le propos de notre étude qui est est la "pratique de la foi" et ses implications dans les relations 1/ avec Dieu, 2/ avec l'homme en général, 3/avec le monde. Térésa de Cepeda y Ahumada est née le 28 Mars 1515 à Avila, près de Madrid au sein d'une famille bourgeoise. Si dans sa prime jeunesse elle aime Dieu, elle est aussi attirée par les joies du monde. Ce dilemme intérieur sera règlé par un choix d'une entière consécration à Dieu qui fera taire ses désirs personnels. Le carmel ou elle entrera a ses règles : Claustration totale, silence, jeûnes, pieds nus, pénitences. Un double caractère fait d'elle une femme forte qui fait de nombreux déplacements pour réformer le Carmel et fonder plus d'une quinzaine de monastères. Elle est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages tels que le "livre des fondations" et le "château de l'âme". D'autres écrits jugés trop sensuels seront censurés. Ils laissent une autre facette de cette femme qui marquera son époque et la notre.

 I THERESE D'AVILA ET LE RAPPORT A DIEU.

Protégée par Philippe II d'Espagne, roi très catholique qui rejette la réforme, Thérèse a la possibilité d'étendre son oeuvre. Un des titres qu'elle donne à Dieu est Sa Majestée. Chez Thérèse, c'est bien plus qu'un simple titre honorifique. Il s'agit de la grandeur de Dieu. Dieu est majestueux. Sa personne est magnifiée et sa présence terrifiante. "l'homme est placé en face de la majesté de Dieu dans laquelle il se perd tout entier comme dans une vive flamme d'amour". Nous sommes saisit par cette expression qui fait jaillir deux eaux différentes. Une vive flamme...d'amour. Dieu est à la fois un feu dévorant qui brûle tout notre être intérieur, nous consume de douleur (telles seront les expériences de Thérèse) mais qui en même temps nous purifie, et nous embrasse de compassion. Si Dieu nous fait mal, c'est pour notre bien. Afin que nous ne soyons pas juger, il livre notre corps à la souffrance. C'est la compréhension que Thérèse fait de son expérience. Aimant Dieu, elle lui attribue aussi toutes ses souffrances. Et comme Dieu veut son bien, elle sait que c'est pour son bien qu'elle souffre. Cependant, si chez Thérèse la souffrance n'est pas un but en soit, elle n'en demeure pas moins un moyen qui nous élève vers la sanctification. Chez Thérèse, comme Jésus-Christ a souffert, nous aussi nous devons partager nos souffrances avec Lui puisque notre vie est cachée en Christ.

 II RAPPORT A L'HOMME.

Dans un premier temps nous avons résumé la conception de Dieu et de ses exigences. Dans le rapport à l'homme, Dieu n'est pas exclu, bien au contraire. Il s'agit de comprendre que Dieu, s'Il est amour, est tout autre. Dans cette affirmation, comment l'homme, face à un tel Dieu si lointain peut-il alors s'approcher de lui? Thérèse pioche dans son expérience qu'elle réinterprète. Elle doit trouver des explications ses souffrances et des paliatifs à ses désirs. Pour elle, "Le salut se trouve dans une intériorisation de l'expérience". Au début de sa spiritualité, elle s'évanouissait souvent et avait l'impression qu'on la déchirait de l'intérieur. Elle prend cela comme une intervention de Dieu qui veut lui donner le dégoût du monde. Le moyen privilégié pour s'approcher de Dieu, c'est la prière. Nous noterons au passage qu'il n'est pas question de la lecture de la Bible. Si certains catholiques appréciaient la méthode de Luther d'une lecture régulière de la Parole de Dieu, il n'en va pas de même chez Thérèse. Ses sources spirituelles sont S. Augustin, l'imitation de Jésus-Christ et quelques "compilations" regroupant des passages de la Bible. La prière est donc l'instrument de choix pour entrer en contact avec Dieu. Cette dernière phrase est certes un peu péjorative mais reflète bien la conception de Thérèse même si, nous le verrons, la prière fait appelle à la grâce de Dieu. Thérèse parle de quatre degrés de prières. Elle aime reprendre la parabole de la semence qui pousse entre les ronces pour nous rappeler qu'il est difficile de s'approcher de Dieu tellement nous sommes sollicités par le monde extérieur (encore une résurgence de son expérience passée).

Elle utilise elle même une parabole pour nous apprendre à prier. Il existe 4 façons pour avoir de l'eau :

- Tirer de l'eau d'un puit à la force du bras,

- Tirer de l'eau d'un puit à l'aide d'une pompe,

- Faire venir de l'eau d'une rivière pour irriguer,

- Laisser descendre une eau abondante du ciel.

Elle fait donc une correspondance avec quatre types de prières. Nous pouvons d'abord prier avec notre intelligence en construisant des phrases correctes. C'est une méthode qui fait valoir notre propre force. Le deuxième étage des prières est celui où, dans la quiétude nous laissons s'exprimer nos besoins. Mais là encore, l'attention est portée sur notre propre personnalié. En nous élevant encore, nous nous entretenons sincèrement avec Dieu sans détour ni fioriture mais spontanément. Nous sommes en face d'une Personne qui nous écoute. Mais notre personne demeure toujours présente dans un face à face. Enfin tout en haut, est l'état ou l'âme tombe dans un "suave plaisir d'évanouissement". Cette expérience ne dure pas plus d'une demi-heure chez Thérèse. On pourrait comparer cela à l'esychasme dans l'orthodoxie ou encore, plus proche d'une spiritualité évangélique au "repos de l'Esprit" chez certains néo-pentecôtistes. La meilleure prière n'est pas vocable mais mentale et affective. Par cela, Thérèse est opposée  ux jésuites elle parle des exercices spirituels des Jésuites comme des "oeuvrettes" alors qu'il faut se laisser couler en Dieu. Thérèse passe de l'introversion (Marie) à l'extraversion (Marthe). C'est une découverte importante qui nous permet d'affirmer que la spiritualité selon thérèse est un moteur en deux temps.

Dans un premier temps, il y a replis sur sois avec compréhension de sa souffrance puis dépassement en Christ de notre nature terrestre pour nous baigner dans la présence divine. Dans un deuxième temps il y a l'exteriorisation avec partage de sa foi à l'extérieur et construction de la réforme...auprès des chrétiens.

III RAPPORT AU MONDE.

C'est un point qui ne trouvera pas baucoup de materiel d'étude...et pour cause!!! D'une part l'accent mis sur l'individu face à son expérience personnelle, même s'il est au sein d'une communauté et d'autre part le peu de contact avec le monde extérieur ne permet pas à une spiritualité du type de Thérèse de développer une conscience très approfondie du monde séculier. Cependant, dire que les chrétiens selon Thérèse doivent rejeter le monde serait inexact. En effet la tâche de Thérèse n'est pas de se couper du monde en s'enfermant dans un couvent (c'est une femme très active et débordante de vie) mais de réformer l'Église. L'Église quant à elle doit amener les hommes à la soumission totale à Dieu. En actualisant l'oeuvre de Thérèse on pourrait dire, avec des mots singuliers qu'il s'agit d'une oeuvre para-ecclésiastique. 

CONCLUSIONS.

En conclusion, la première affirmation que nous pouvons faire est que nous sommes en présence d'une spiritualité de type catholique car elle découle de la conception que l'Église a d'elle même et du monde. Dans sa finalité, des rapprochements peuvent être fait avec Teilhard de Chardin et sa vision du Coeur du Christ qui grandit au point de remplir tout l'univers.

 Cependant, il y a bien une originalité dans sa piété et c'est précisément ce mouvement en deux temps. Ne voir que l'aspect de la méditation, ce serait réduire la piété de Thérèse de cinquante pour cent. Certes, c'est bien ce qui nous frappe : ce détachement d'avec sa propre personnalité est très proche des exercices védiques... mais il y a l'autre facette qui correspond au fait d'assumer ses oeuvres, ses choix...et les risques qu'ils génèrent.

Publié dans Théologie Pratique

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